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La chaîne de supermarchés a établi des rapports très détaillés sur son personnel. Lidl est dans la tourmente : le deuxième groupe européen de magasins de discount alimentaire après Aldi a pendant des mois systématiquement observé le personnel à l'aide de mini-caméras dissimulées sous le plafond et des détectives ont établi des rapports détaillés sur les habitudes et conversations des employés, écrit l'hebdomadaire "Stern" dans un grand reportage. Lidl prétend que les détectives avaient comme tâche d'enquêter sur des vols de clients et d'employés de magasin, mais en réalité il semble que la direction du groupe ait pour le moins toléré qu'ils vérifient aussi les entretiens du personnel. En tout ils ont fait des rapports sur 219 magasins. Ainsi, à Salzgitter, un détective note un vendredi après-midi de septembre 2007 qu'il "faut vérifier la liaison entre madame L. et monsieur H. qui se comportent de façon intime. Quand monsieur H. fait passer par la caisse les achats de madame L., il lui dessine un coeur sur le bon de caisse [...] Jeudi, à la caisse, ils étaient très proches l'un de l'autre, mais je n'ai pas pu voir s'il l'a embrassée sur la joue, en tout cas j'en avais l'impression". Dans un magasin près de Hildesheim, un lundi matin d'octobre, une cliente a remis à madame U. une bouteille que n'a pas voulu accepter l'automate et elle l'a jetée distraitement dans la corbeille à papier. "Madame U., poursuit le détective, n'a pas l'air concentrée, cela est peut-être dû au fait qu'elle va se marier cette semaine. Mais elle aurait mieux fait de prendre congé toute la semain si elle est tellement dérangée." Le protocole d'un magasin de Hanovre indique un vendredi de début juin que "madame R. a, malgré l'affluence, quitté la caisse tous les quarts d'heure pour aller aux toilettes" et note que "madame Z. arrive au travail en vélo, le T-shirt trempé de sueur, ce qui se fait aussi remarquer sur le plan de l'odorat". Peter Schaar, le responsable de l'Etat fédéral pour la protection de données, relève que la "surveillance clandestine est interdite en droit allemand" et qu'un employeur n'a pas le droit d'espionner les habitudes du personnel. Lidl est passible d'une amende de 250000 euros, mais, ajoute-t-il, pour un grand groupe cela est trop peu. Le syndicat des services Verdi, qui avait déjà en 2004 publié un "livre noir" sur Lidl opposé à la création de comités d'entreprise, parle "d'agissements criminels dignes d'Etats totalitaires", Lidl étant "incapable de travailler honnêtement". Jürgen Kisseberth, qui fait partie de la gérance de Lidl, s'est excusé auprès des personnes observées et a remarqué que le groupe a lui-même mis fin en décembre à la collaboration avec les bureaux de détectives.
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