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Histoire de la Gironde
AVANT DE S'APPELER LE DEPARTEMENT DE LA GIRONDE... Avant de s'appeler le département de la Gironde, notre coin de pays fit partie d'une entité géopolitique à périmètre variable qui porta différents noms, suivant les époques, dont les plus récents sont Aquitaine, Guyenne et même Gascogne. Quel que fut le nom cette terre ouverte sur l'océan, la réputation d'abondance et de bien vivre lui fut souvent attachée (et déchaina toujours des envies et des appétits ) : Le territoire est couvert des témoignages de ce riche passé. A l'époque préhistorique : Les hommes préhistoriques dont l'implantation est marquante en Périgord, occupent aussi plus à l'ouest, dès 85 000 ans avant Jésus Christ, les parties élevées des versants de la Garonne et de la Dordogne où il trouvent gibier, poissons, et produits de la cueillette. On a répertorié en de nombreux endroits des abris, des foyers, des ateliers de taille de silex. Le musée d'Aquitaine et les musées archéologiques locaux conservent de riches collections d'outils de cette époque. Il ne reste en Gironde qu'un site préhistorique ouvert au public : C'est la grotte de Pair -Non-Pair. Ses gravures pariétales représentant mammouths, chevaux, et bouquetins, datées de 25 000 ans (paléolithique supérieur ), sont parmi les plus anciennes laissées par l'inventeur de l'art, l'homme de Cro -Magnon. Elles suscitent toujours autant de fascination . Les descendants de ces grands chasseurs se sédentarisent en devenant, à l'âge de la pierre polie (le néolithique du Ve au IIIe millénaire avant Jésus Christ ), pasteurs, éleveurs, agriculteurs. Comme leurs prédécesseurs, ils continuent à tailler la pierre ( et en certaines circonstances la polissent ), travaillent finement le bois, l'os, ils développent le tissage et maîtrisent l'art de la poterie. Leurs descendants vont découvrir la métallurgie du cuivre puis celle du bronze. Les premiers échanges commerciaux : L'estuaire de la Gironde et ses rivières constituent très tôt un axe de communication et d'échange commercial entre la façade atlantique et l'intérieur du continent jusque vers la méditerranée. Si l'homme préhistorique troquait déjà le silex qui devenait une denrée rare, c'est le commerce du bronze qui en a laissé des traces patentes. Vers 1800 avant J.C, c'est dans le Médoc, qui se présente à l'époque comme une presqu'île, que se concentrent les premiers ateliers de fonte : là s'effectue presque « en série » le précieux alliage entre le cuivre apporté du monde ibérique et le précieux étain importé des îles Britanniques, de l'Armorique (Bretagne ) ou du Limousin. Les Médocains inondent de leurs haches à talon, leurs bracelets et autres pointes de lances, tout l'axe de la Dordogne. Mais c'est de l'Europe centrale qu'arrivent vers les VIIe et VI e siècles avant J.C (âge du fer ) ces nouvelles populations aux épées de fer qui pratiquent l'incinération et élèvent des tumuli (tertres recouvrant une tombe royale comme celui de Talais, en Médoc ). A partir du IIIe siècle avant J.C., s'implantent de nouvelles tribus, que nous connaissons grâce aux témoignages des grecs et les latins qui maîtrisent déjà l'écriture : « ceux qui s'appellent celtes dans leur langue et que nous appelons Gaulois dans la nôtre » (César, Ier siècle av. J.C.). Guerriers redoutables, comme leurs prédécesseurs ils ne franchissent pourtant pas la limite du cours de la Garonne . Sans doute ont ils influencé les vieilles peuplades des Aquitains qui continuent d'occuper les terres entre le sud de la rivière et les Pyrénées, avec lesquels ils nouent des liens commerciaux. La séparation restera longtemps, César confirmant que « les Gaulois sont séparés des Aquitains par la Garonne ». Au IIIe siècle av. J.C., entre Aquitains et Celtes de la rive droite (les Santos), vient pourtant s'installer sur la rive gauche d'une courbe de la Garonne, la peuplade celte des bituriges vivisques. Dans ce marécage atténuant les soubresauts de la grande rivière, ils fondent une cité portuaire qui allait devenir Burdigala. Cette ville marché profite de sa situation stratégique au carrefour des deux grands axes commerciaux : D'une part, celui qui relie le monde ibérique et l'Europe du nord -ouest et d'autre part celui qui met en communication l'Atlantique et la Méditerranée. Le port s'enrichit avec le commerce de cuivre et de l'étain. Les mouvements des marées qui se font ressentir loin des côtes dans les rivières rendent relativement aisé l'accès a l'océan (à marée descendante) autant que vers l'arrière pays (à marée montante). Cette position favorable se conforte avec l'arrivée des romains qui étaient déjà en relation avec les Bituriges : sans doute est -ce la raison pour laquelle Burdigala offre peu de résistance aux cohortes romaines de Publius Crassus envoyées par César (56 av JC). Les tribus aquitaines, vaincues après de farouches combats préfèrent elles aussi la coexistence pacifique avec les romains : elles ne répondent pas elles non plus à l'appel au soulèvement lancé par Vercingétorix (52 av JC ). La paix romaine ( du Ier au IIIe siècle) et les débuts de la viticulture Sous la paix romaine, c'est l'expansion pour toute la région. Les routes destinées à des communications rapides sont construites par les cohortes de légionnaires pour doubler le réseau navigable à trafic plus lent ou pour relier la capitale administrative : Santonum Mediolanum (Saintes ) est à la tête de la vaste province créée par Auguste en 15 ou 16 ap.J.C., qui s'étend de la loire aux Pyrénées et qui porte pour la première fois le nom de l'aquitaine (Aquitaniae , le pays des eaux ). Bordeaux devient le centre d'une subdivision : Aquitania Secunda. Ces voies sont repérables de nos jours malgré les couches de bitume qui les recouvrent, grâce à leur rectitude caractéristique et aux noms des lieux ( Saint -Martin la Caussade, en Blayais ). Le musée d' Aquitaine possède une riche collection de bornes militaires, statuts, stèles. De cette époque date l'adoption de la culture de la vigne. Les Bituriges, fins consommateurs du vin romain veulent s'affranchir des taxes imposées par les négociants de Toulouse ou Narbonne, et profiter de l'ouverture d'un nouveau marché : l'approvisionnement des troupes romaines qui occupent la Bretagne. Au milieu du premier siècle, ils vont chercher sur la côte de l'Adriatique le plant adapté au climat océanique, la fameuse « biturica », qui fera leur prospérité. En effet, après quelques décennies, le vin de Bordeaux sera apprécié jusqu'à Rome. Burdigala se dote de grands monuments. Il n'en reste de nos jours que les ruines du Palais Gallien ( en fait un amphithéâtre et non un palais ). De l'ancien forum appelé postérieurement les piliers de tutelle, détruit sous Louis XIV, ont subsisté des gravures : la place publique rectangulaire était entourée d'une colonnade de prestige dédiée à la déesse protectrice de la ville. Des thermes, à l'emplacement de l'actuelle rue du château d'eau, de l'aqueduc, nous n'avons plus que des descriptions. Dans les compagnes, des villages se construisent en pierre et briques. De superbes villae poussent comme des champignons sur les flancs des côteaux et les bords des rivières : la vie de ces domaines agricoles grands de plusieurs centaines, voire de milliers d'hectares, basée sur la main d'œuvre des esclaves ou de petits groupes d'hommes affranchis, est organisée autour des bâtiments d'exploitation et de la luxueuse résidence conçue pour l'agrément du maître, riche propriétaire ou négociant qui généralement possède plusieurs de ces propriétés. De nos jours, les ruines de celles de Plassac, Loupiac et Montcarret sont visitables. Du IV e siècle au VIIe siècle : l'Aquitaine entre bouleversements et continuité A partir des années 260, les rivalités pour le pouvoir à Rome et en Gaule créent l'anarchie ; les invasions des Germains, des Vandales sèment la dévastation. Les villes, grandes ou petites (Bordeaux, Blaye), se renferment à l'étroit derrière des murailles immenses (à Bordeaux, 10 mètres de haut, 5 mètres d'épaisseur ) pour plusieurs siècles. Dans les périodes de calme, les riches bordelais continuent à développer leur villae : Ausone, riche dignitaire du IV e siècle, qui nous a laissé des témoignages d'un véritable art de vivre aquitain, multiplie ses séjours dans ses villae de Saint- Emilion et du Médoc. En même temps arrivent venus d'Orient puis d'Italie, les missionnaires d'une religion nouvelle fondée sur la croyance en un seul dieu, le christianisme, qui tolérée dans l'empire dès le IIIe siècle, devient une religion officielle. Sur leur passage sont édifiées en pierre les basiliques chrétiennes en mémoire des « miracles « réalisés par les prédicateurs, d'anciens temples romains sont reconvertis, puis les premières paroisses se créent, dédiées à ces premiers évangélisateurs : Saint Martin, Saint Romain, Saint Pierre . Les évêques devenus puissants participent de l'organisation administrative et politique de la province . Les aquitains supportent tant bien que mal l'occupation de nouveaux envahisseurs, les Wisigoths, pendant tout le Ve siècle. Mais leur arianisme (doctrine hérétique du prêtre Arius consistant à ne pas reconnaître la divinité du Christ ) indispose les évêques aquitains. Clovis, le chef des Francs Saliens, devenu sensible au catholicisme par conviction ou par opportunisme, fort de l'appui du clergé romain descend dans le sud- ouest pour chasser les Wisighoths (leur roi Alaric meurt à la bataille de Vouillé, près de Poitiers en 506 ou 507 ) . Les troupes franques qui ne réussissent guère à s'installer au sud du Bordelais et du Bazadais, sont intégrées dans leur nouveau territoire selon la vieille coutume de « l'hospitalité » romaine (don de terres) . Alors que l'empire romain s'est effondré, les Aquitains restent fidèles à un certain idéal culturel romain jusqu'au VIIe siècle : on construit toujours a la manière romaine (Plassac, dernier état de la villa ) . Le marbre des Pyrénées (carrières de Saint -Béat) continue à arriver par la Garonne : les chapiteaux trouvés dans la villa de Plassac et dans les ruines de l' ancienne église de Blaye et sarcophages de la crypte de Saint Seurin de Bordeaux en témoignent . Tout au long du VI e siècle, les Vascons venus du Nord Ouest de l'Espagne, envahissent progressivement cette partie excentrée de la Gaule mérovingienne. Au début du VIIe siècle, ils arrivent sur la rive gauche de la Garonne. Ainsi naît la Vasconie (future Gascogne) . Bordeaux et Toulouse deviennent ville frontière. L ‘aquitaine (toute l'étendue comprise entre la Loire et la Garonne, s'étendant au centre jusqu'à l'Auvergne ) s'alliant avec les Gascons, ne cesse de s'affranchir d'un trop vaste royaume mérovingien qui s'affaiblit au fil des conflits de succession, les Francs ayant l'habitude de partager le royaume comme leurs domaines entre tous leur enfants. Le duché autonome est érigé parfois en royaume (Caribert, roi d'Aquitaine, 629-632, inhumé à Blaye en l'ancienne église Saint Romain ) . Les Mérovingiens tentent bien de les soumettre mais la partie est difficile. En 721, à Toulouse , le duc Eudes d' Aquitaine met fin à la première intrusion des Musulmans qui ont déjà conquis l'Espagne (711) et remontent par Narbonne. Il assure ainsi au duché un prestige considérable auprès de la papauté et de l'occident chrétien. Lors de la deuxième incursion dix ans plus tard ( par le col de Roncevaux cette fois ) , Eudes ne peut arrêter la progression du conquérant Abd-ar-Rahmân qui remonte vers Poitiers en mettant à sac toutes les contrées sur son passage : Bordeaux, Bourg, Blaye sont dévastées. En revanche son alliance avec Charles Martel est décisive à Poitiers en 732 : les maures,en retraite, ne reviendront pas dans le sud -ouest. A la mort d' Eudes, les rois Pépin le Bref puis Charles futur Charlemagne ) soumettent les aquitains par la force , « au droit commun du royaume ». Les châteaux de Blaye, Fronsac et Castillon -en Dordogne sont construits pour marquer la frontière de l'empire carolingien et assurer la route de l'Espagne. Charlemagne paie un lourd tribut aux gascons au retour de son expédition en Espagne : rompant une trêve ceux -ci attaquent les troupes franques au col de Roncevaux (15 août 778) . Roland est des victimes, son corps est ramené à Bordeaux, puis à Blaye par bateau, selon l'itinéraire emprunté depuis les plus anciens temps pour traverser la Garonne : là il est inhumé aux côtés de Caribert et Saint Romain. Charles reconnaît le particularisme et érige l'Aquitaine en royaume (781) : ce royaume n'aura jamais de vrai assise. Les comtes et autres grands seigneurs récupèrent à titre personnel le pouvoir qu'ils exerçaient naguère au nom des rois carolingiens. Les VIIIe, IXe et Xe Siècles : la dévastation et les débuts de la féodalité L' Aquitaine comme toute la Gaule connaît alors un siècle de dévastation : Dans les années 840, les Vikings (des Northmen ou Normands, hommes du nord ) débarquant de leur drakkars, dévastent par le feu et l'épée toute la vallée de la Garonne jusqu'à Toulouse (844) puis la vallée de la Dordogne . Vers 866, les choses se calment mais il y aura épisodiquement des raids jusqu'en 1018. Les IX e et Xe siècles, périodes de massacres, de pillages, de destruction systématique ont comme gommé les vestiges des époques mérovingienne et surtout carolingienne . Commence le temps de féodalité, celui des réseaux d'alliances entre puissants et moins puissants, entre des vassaux qui rendent l'hommage et des suzerains qui doivent la protection. La réalité, faite d'ambitions personnelles, de rivalités, de traîtrises, est plus complexe, les conflits armés sont nombreux entre ces seigneuries qui naissent autour de grandes familles : dans le Bordelais , les Bordeaux , les Mérignac, les Pessac, les Veyrines (dont il reste le donjon à Mérignac ), les Benauges (rive droite de Bordeaux ) les Lansac ( en Bourgeais ), les Lesparre (en Médoc). Les châteaux-tours en bois, bâtis sur des buttes de terre émergent un peu partout. Les restes nombreux de ces mottes castrales passent inaperçus de nos jours (on peut toutefois voir celle de Baigneaux qui a été fouillée). L'église s'organise aussi selon les rapports féodaux : abbés, prieurs etc. En 877, après la réunion par héritage de la couronne d'Aquitaine au royaume de France, l'Aquitaine redevient un duché. Bordeaux ne voulant reconnaître ni le roi de France, ni le duc d ‘Aquitaine ( duché compris entre la Dordogne et la Loire ), préfère s'en remettre au duc de Gascogne et cela pendant deux siècles (dynastie des Sanche). Les XIe et XIIe siècles : la réunion des deux duchés et l'avènement d'une puissante Aquitaine. Au milieu du XIe siècle, le duché de Gascogne revient par héritage à la lignée des Guillaume, comtes de Poitiers, ducs d'Aquitaine : leur fief s'étend désormais de la Loire aux Pyrénées et au Massif Central ; c'est l'un des plus puissants du monde médiéval. Poitiers en est la capitale politique et ... culturelle. Bordeaux n'est que la grande ville de l'ancien duché de Gascogne. Les ducs en visite sur leurs fiefs y séjournent tout de même parfois, résidant au château de l'Ombrière dont le donjon qui culmine le fleuve signale la puissance ducale pour plusieurs siècles ( il n'en reste rien si ce n'est le nom attribué à la rue du « Palais de l'Ombrière » , près du cours Alsace- Lorraine). La civilisation du sud de la Loire s'adonne avec raffinement aux plaisirs du chant et de la poésie en langue d'oc. A la lueur des torches le soir, les troubadours chantent des récits épiques (chansons de gestes) comme la célèbre chanson de Roland qui crée une légende glorieuse du héros chevaleresque deux cents ans après les faits historiques sûrement moins glorieux. Des chants d'amour aussi sont parvenus jusqu'à nous comme les poèmes de Guillaume IX duc d'Aquitaine. L' »amorrr de Ionh »(l'amour lointain ) chanté par le troubadour Jaufré Rudel, seigneur de Blaye qui se morfond pour une princesse de Palestine, ont connu le succès moderne que l'on sait grâce aux adaptations d'Edmond Rostand. Les XIe et XIIe siècles apparaissent dans l'Europe occidentale comme les siècles du renouveau. Ils se caractérisent par une expansion démographique et un renouveau religieux . Pour pouvoir se nourrir, les populations dépendantes des seules ressources vivrières produites selon des méthodes ancestrales, procèdent à la mise en culture de nouveaux territoires gagnés sur la lande, les marais ou la forêt sous la protection et avec les faveurs des seigneurs qui créent les castelnauds (hameaux constitués autour d'un château et de l'église). Sur le plateau de l'Entre Deux Mers (entre les rivières Garonne et Dordogne) totalement recouvert par la forêt, le futur Saint-Gérard fonde l'église de la Sauve- Majeure, (de « Silva Major « , la grande forêt), qui devient en un siècle une importante abbaye dont le réseau des pieurés (prés d'une centaine) et autres possessions s'étend au delà de l'Aquitaine, jusqu'en Touraine, en Angleterre, en Espagne. Le miracle du tombeau de Saint Jaques de Compostelle accostant en Galice (IXe siècle) sert à point les débuts de la reconquête en Espagne contre les Maures, à laquelle viendront participer des seigneurs bordelais et gascons. Au XIe siècle, quand la région de Saint Jacques est pacifiée, convergent alors pour trois cents ans sur les routes de l'Aquitaine, la foule des pèlerins venant de toute l'Europe du nord -ouest qui traversent les rivières à Blaye (vers Bordeaux ou vers la côte médocaine), Sainte Foy la Grande, la Réole, en direction des cols pyrénéens du Somport ou de Roncevaux. Sur leur passage, pour prodiguer les soins corporels et spirituels se construisent des églises, des prieurés, des haltes, des hôpitaux, des couvents dédiés à « saint Jacmes « , « saint James » (formes gasconnes de Jacques) ou au protecteur des voyageurs, saint Christophe. Le regain de ferveur catholique en occident est lié aussi aux appels à la croisade consécutifs à la prise du Saint Sépulcre par les turcs. L'itinéraire est protégé par les templiers qui gèrent les biens des croisés en leur absence et qui établissent des commanderies comme à Magrigne ou Bordeaux ( la chapelle de la rue Sainte Catherine donnera son nom a cette rue bien connue ). Des nouvelles paroisses naissent partout . Ce qui fait dire à un contemporain que « le monde se couvre d'une blanche robe d'églises « (Raoul le Glabre, 1030) . Parallèlement se répand ... la culture de la vigne nécessaire à la production du vin de messe. En Gironde, retenons de ces premières bâtisses romanes les noms de celles qui ont subi ensuite le moins d'avatars : Notre Dame des fins des terres à Soulac, les églises de Castelvieil (entre deux Mers), l'église de Prignac et Marcamps (Bourgeais). En 1137, Aliénor , jeune duchesse d'Aquitaine, épouse à 16 ans le prince Louis, du même âge, qui allait devenir quelques jours plus tard Louis VII roi de France. Le mariage est célébré à Bordeaux dans la cathédrale Saint André alors récemment reconstruite dans le style roman (elle subira ensuite bien d'autres transformations ) . Aliénor trouve bien morne la cour de France, et bien triste son époux « le moine couronné ». Se mêlant de politique, Aliénor met le roi en fâcheuse posture à plusieurs reprises. La goutte de trop, c'est sa liaison peu discrète avec son oncle en Palestine pendant la deuxième croisade. Dès le retour, le mariage est annulé à la demande du roi, en 1152... après quinze ans de vie commune et la naissance de deux enfants (des filles) . Huit semaines plus tard, Aliénor épouse Henri Plantagenêt, le plus beau parti en France après le roi : bel homme de dix ans plus jeune qu'elle, il est duc d'Anjou, comte de Normandie et du Maine. Les circonstances allaient faire de lui, deux ans plus tard, le roi de l'Angleterre : avec un territoire qui s'étendait de l'Angleterre aux Pyrénées. Le roi-duc était beaucoup plus puissant que son suzerain, le roi de France, ce qui allait poser problème. Pendant près de cinquante ans encore, cette reine, si influente grâce à son duché d'Aquitaine, va peser sur la politique des grands royaumes d'occident, notamment au travers des alliances concrétisées par les mariages de ces huit enfants. Mais les relations entre Aliénor et Henri qui lui fait des infidélités, prennent une tournure politique lorsque les fils, conscients de leurs ambitions réclament leur part de pouvoir : Henri l'aîné devient co- roi sous le nom d'Henri II ; Richard ( le fameux Richard Cœur de Lion) devient, sous la tutelle de sa mère, duc d'Aquitaine et il vient y exercer son pouvoir. Quant à Jean, il reste « Sans Terre ».Aliénor, accusée d'attiser les dissensions, est incarcérée en Angleterre pendant quinze ans. Après la mort de son fils Henri II (1189), elle conserve à Richard Cœur de Lion, capturé par l'empereur d'Autriche au retour d'une croisade, la couronne d'Angleterre convoitée par Jean Sans Terre qui assure la régence. LE XIIIe siècle et le début du XIVe : Aliénor , les rois- ducs , le pape et le vin de Guyenne Au royaume d France, le jeune roi Philippe (seul héritier mâle de Louis VII après vingt cinq ans d'attente, trois mariages, la naissance de quatre filles) devenu Philippe Auguste, profite de ces luttes familiales anglaises pour entreprendre une conquête de l'Ouest réussie (Normandie en 1204, Bouvines en 1214) qui épargne d'abord l'Aquitaine ! Au traité de Paris (1259), le domaine de Plantagenêt en France se réduit pratiquement à la possession de cette Aquitaine aux dimensions réduites qui est nommée le duché de Guyenne (Quienne, Guienne, Guyenne résultent de déformations orales du mot Aquitaine ) pour laquelle le roi duc doit rendre hommage aux rois de France. Dans la seconde moitié du XIIIe siècle, les rois essaient d'assurer une occupation permanente aux frontières de leur royaume en créant sur des endroits stratégiques à la fois d'un point de vue militaire et commercial, le long des rivières et aux confluents importants, ces unités d'exploitation et de défense dotées de statuts attrayants (chartes) que sont les bastides : Cadillac, Sauveterre, Libourne, Montségur, du (coté anglais) et des villes neuves (en France) comme Sainte Foy la Grande, étape de la conquête et place commerçante recueillant les marchandises venant par la Dordogne. Sur les 80 implantées dans le sud-ouest nous n'avons citées que celles qui sont visitées de nos jours pour leur place centrale à arcades, leurs enceintes fortifiées et leur plan de rue géométrique. Dans cette tourmente, l'église essaie de trouver un pape qui concilie les deux royaumes : pourquoi pas un vassal de deux rois, un Gascon ? Bertrand de Got, archevêque de Bordeaux, est élu en 1305 et sacré sous le nom de Clément V. Il installe le Saint Siège à Avignon et intervient dans la politique des deux royaumes et du duché. Il aide Philippe IV le Bel qui est en proie à de graves difficultés financières, à récupérer la richesse de l'ordre des Templiers en lançant contre eux une interdiction (1312). Lors de ses séjours à Bordeaux ou dans ses propriétés de Pessac et de Villandraut, il accorde de très nombreux privilèges aux églises de Bordeaux qui s'embellissent : la cathédrale Saint André s'élève maintenant dans le style gothique (l'arc brisé et la croisée d'ogives permettent d'aménager des larges baies à vitraux et de tendre les lignes vers le ciel ). Grâce aux libéralités du pape envers les membres de sa famille, le Bazadais se couvre de puissants châteaux forts dits « clémentins « (Budos). Les Gascons s'entendent bien avec ce pouvoir lointain peu contraignant à qui ils arrachent des privilèges contre la garantie de leur fidélité. Les Bordelais plus que tous les autres sauront en jouer. Au début du XIIIe siècle, sans que l'on sache trop vraiment comment, ils se donnent une administration municipale : la jurade s'installe dans le quartier Saint- Eloi et se dote d'un beffroi ( c'est la tour de la Grosse Cloche, qui apparaît dans les armoiries de la ville). En 1244, le port de la Rochelle se rendant aux Français, Bordeaux devient le seul port atlantique anglo gascon ; le seul fournisseur en vin de l'Angleterre qui en est si gourmande. La vigne devient une monoculture et gagne de nouveaux terrains notamment en Médoc. Le roi duc s'enrichit copieusement grâce aux taxes qu'il prélève sur ce commerce. Justement Jean sans terre exonère les Bordelais de toutes taxes sur leurs productions dans la ville . Ceux ci auront tôt fait d'extrapoler : comme le vin de l'époque se conserve moins d'un an, ils s'octroient le privilège de vendre leur récolte avant celle du haut pays (vignobles en amont de Saint Macaire/ Cahors, Agenais, Gaillac) et de percevoir des taxes sur leur passage dans le port de Bordeaux. Cela provoque un vif mécontentement dans l'arrière pays, et la réticence mesurée du roi-duc qui a bien besoin de la confiance de toute l'Aquitaine. Tous les ans, une grande flotte venue de Bretagne, de Bayonne, d'Angleterre emporte entre les mois d'octobre et novembre, juste avant les tempêtes de décembre, les précieuses barriques qui seront livrées à point pour les fêtes de Noël. Les navires reviennent au printemps pour emporter la production de l'arrière pays qui arrive pour les célébrations de Pâques. Vers 1308, 1309, c'est la prospérité : un million d'hectolitres de vin ! Les Bordelais, viticulteurs et viniculteurs avant tout, ne se soucient guère de navigation : Certes ils accompagnent leur tonneau jusqu'en Angleterre, mais le port reste sans quai jusqu'au XVIIe siècle, les bateaux de mer ne leur appartiennent pas ; on charge et décharge sur des rives vaseuses.. Les XIV et XVe siècles : la guerre de cent ans , la Guyenne souveraine , puis soumise En 1327, le jeune Edouard III d' Angleterre (15 ans) veut obtenir la plaine souveraineté sur la Guyenne. Philippe VI puis Charles V qui instaure une armée permanente et améliore l'artillerie , ne lui en laisse pas de loisir . C'est le début de sanglantes chevauchées du roi de France contre l'Aquitaine. La peste s'en mêle : elle décime les populations et les armées. En 1345 puis 1354, comme l'Aquitaine se plaint d'être peu secourue par le roi-duc, celuici envoie comme lieutenant général de la province, son fils Edouard de Woodstock, prince de galles, qui lance depuis la Guyenne des chevauchées destinées à harceler les domaines du roi de France (peut -être est- ce cela qui lui valut le nom de Prince noir donné plus tard ; à moins que ce ne soit en raison de la couleur de son armure ?). C'est lui qui capture, un peu par hasard, le roi Jean le Bon à la bataille de Poitiers (1356). Ce haut fait lui vaut un prestige considérable dans tout l'occident et auprès des Bordelais. C'est la ruine en revanche pour le royaume de France : il faut payer une rançon considérable et rendre aux anglais tous les anciens domaines. L'Aquitaine redevenue immense comme au temps d' Aliénor est érigée alors en principauté autonome dont le Prince noir devient le souverain (1362). Si les bourgeois bordelais tirent profit de la présence d'une cour prestigieuse, en revanche cela ne fait pas l'affaire des seigneurs féodaux qui voient d'un mauvais œil l'installation d'un pouvoir centralisateur. A l'issue d'une expédition ruineuse en Castille, usé par des excès en tous genres, en conflit avec ses seigneurs qui font appel au roi de France, le prince rend à son père une Aquitaine réduite à peau de chagrin et livrée au pillage des compagnies ( ces hardes de soldats prêts à se vendre au plus offrant, des belligérants vivant de pillage entre deux guerres). Mais viennent les problèmes de succession à la couronne de France : vers 1328, Charles IV meurt sans héritier mâle ; Edouard III ( d' Angleterre ), le plus proche parent , se proclame roi de France ; ce que n'accepte pas une partie de la noblesse qui se met à guerroyer. En 1379, les Bordelais sentant qu'ils ne peuvent plus guère compter sur leur roi-duc, créentuneallianceétroitemaisassez vaine avec huitvillesfortifiées voisines qui deviennent ses « filleules » : Libourne, Bourg, Blaye , Saint-Macaire ,Rions, Cadillac, Saint Emilion , Castillon . En 1422,Charles VI, atteint de démence, meurt après avoir déchu le dauphin Charles. Le Royaume se limite à quelques terres autour de Bourges. Le trône de France doit être réuni au trône d'Angleterre. Cette fois, c'est une certaine Jeanne d'Arc qui, venue de Lorraine et provoquant la ferveur, sauve la situation. Elle repousse les Anglais et fait sacrer Charles VII. Celui ci ne lui en sera pas reconnaissant mais il reconstruira le royaume pendant les quarante ans de son règne . En 1451, les villes gardiennes de l'estuaire Blaye et Bourg et les villes de l'arrière pays redeviennent françaises. Bordeaux,prise une première fois, ne voyant pas d'autre avenir que dans le giron anglo- gascon, fait appel au roi-duc qui envoie le vieux général Talbot, (il a plus de 80 ans et a combattu autrefois contre Jeanne d'arc ). Bordeaux « délivrée « (21 octobre 1452), Talbot attaque à Castillon en Dordogne (17 juillet 1453) mais ayant sous estimé les menaces de l'artillerie française perfectionnée par les frères Bureau, il meurt dans la débâcle. Charles VII n'a plus qu'a faire capituler Bordeaux, il mène le siège pendant deux mois depuis son poste de commandement installé au château de Montferrand, près de Bassens. En ce milieu de quinzième siècle, on était donc bien à un changement d'époque . Pour bordeaux, ce fut une dure période de « pénitence » : à la perte des débouchés s'ajoutaient des impôts punitifs, des corvées et la présence des troupes d'occupation . Charles VII fait construire deux forteresses pour tenir la ville en respect : le château Trompette chargé de surveiller la rivière... et la ville (il était situé à l'emplacement de l'actuelle place des quinconces ) et le fort du Fa ou du Hâ (on peut en voir deux tours qui ont été mises en valeur au moment du réaménagement du tribunal de Grande Instance en 1997). Dans le reste de la Guyenne, on espérait que le retour dans le giron du roi de France apporterait la stabilité nécessaire à la prospérité, mais les villes seront traitées à l'aune de leur ancienne fidélité au roi de France.. Ces quelques lignes ont essayé de vous raconter une histoire de la Gironde, pendant quelques siècles... Le seizième siècle et, plus loin, la révolution allaient y ajouter d'autres épisodes, mais c'est une autre histoire !
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